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Qui exploite les minerais de RDC ?

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Rubaya

Le forum pour l’investissement responsable a organisé le 20 février 2026 un webinaire sur les « ressources minières et les conflits dans l’est de la RDC ». Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur de France en république démocratique du Congo, a présenté un topo exhaustif sur l’exploitation minière en RDC. La RDC possède trois principaux foyers d'exploitation minière : le Katanga, connu pour le cuivre et le cobalt ; la région du Kasa, productrice de diamants ; et la région des Grands Lacs (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri), riche en or et en minerais dits "3T" (tantale, tungstène, étain). Cette dernière zone compte environ 3 400 carrés miniers exploités par plusieurs centaines de milliers de creuseurs artisanaux, sous le contrôle complexe d'une centaine de groupes armés, de forces publiques et d'intervenants internationaux tels que la MONUSCO, a rappelé l’ancien ambassadeur en préambule. 

Conditions d'exploitation et enjeux sécuritaires

L'exploitation minière se fait sous des conditions très difficiles et souvent dangereuses. On trouve à la fois des mines modernes, comme celle du sud-africain Barrick et Anglogold Ashanti, entourées de nombreux creuseurs artisanaux travaillant sans permis, dans des conditions précaires, incluant le travail des enfants et des femmes enceintes. La mine de Rubaya au Nord-Kivu, reste sous le contrôle du groupe armé M23 mais ce n’est pas le seul à contrôler des mines. Ces groupes armés, appuyés parfois par des forces extérieures, contrôlent les villes clés et les couloirs d'exportation, alimentant ainsi les conflits locaux et les déplacements massifs de populations, a résumé Pierre Jacquemot. 

Filières commerciales et circuits d'exportation

Les minerais extraits passent par des circuits longs et complexes, impliquant des transporteurs, des négociants et des systèmes de taxation multiples, souvent informels, imposés par des groupes armés, la police, l’armée ou la douane, a-t-il poursuivi. Les minerais congolais sont exportés principalement par des corridors passant par la Tanzanie (Dar Es Salaam) et le Kenya (Mombasa), contournant souvent les voies internes à la RDC. Des pays voisins comme l’Ouganda et le Rwanda jouent un rôle important dans la transformation et la revente de ces minerais, souvent d’origine congolaise, vers des marchés internationaux en Asie, en Europe, au Canada et aux États-Unis.

Initiatives de moralisation et leurs limites

Trois mécanismes de certification ont été mis en place pour tenter de moraliser la filière minière : une initiative régionale africaine de certification des mines exemptes de travail forcé et de groupes armés, la responsabilité des entreprises selon le guide de l’OCDE sur les chaînes d’approvisionnement responsables, et la traçabilité chimique des minerais (notamment pour les 3T). Cependant, ces mécanismes reposent souvent sur des documents papier non vérifiés, la corruption des agents certificateurs, et des fraudes qui permettent le blanchiment des minerais d’origine douteuse. Les réseaux transnationaux, notamment chinois, indiens et arabes, exploitent ces failles pour contourner les systèmes de contrôle, rendant douteuse la conformité des minerais exportés, y compris dans le cadre des accords internationaux récents avec l’Union européenne et les États-Unis. 

L’Initiative chrétienne pour la paix, la réconciliation et le développement (ICPRD), ONG créée en 006 a pour sa part rappelé que la richesse minière de la RDC est estimée à 24 000 milliards de dollars, et qu’il existe une corrélation entre zones minières et conflits armés. L’ICPRD met en garde contre les risques liés à la superposition des titres miniers, la faiblesse des infrastructures, le défaut d’étiquetage fiable et la fraude organisée. Elle insiste sur la nécessité d’investissements responsables, en partenariat avec les artisans locaux, et sur la prise en compte des droits des premiers occupants des terres. Le secteur minier congolais, bien que réglementé, souffre d’un manque d’application effective des lois et d’une méconnaissance des textes par les acteurs locaux et investisseurs. 

Cadre juridique et rôle de la société civile

L’ONG a aussi rappelé que le cadre légal minier congolais est structuré autour de la loi minière de 2002 modifiée en 2018 et son règlement d’application. Ces textes intègrent des innovations sur la transparence, la traçabilité, la fiscalité et le développement communautaire. Malgré la situation sombre décrite, le respect de ces lois pourrait permettre une exploitation plus responsable, profitable à tous les acteurs, y compris l’État, les investisseurs et les communautés locales. La société civile joue un rôle crucial dans la vulgarisation de ces textes pour favoriser une meilleure compréhension et un investissement durable dans le secteur. 

 

Jean-Bernard Gervais