Des associations banyamulenge portent plainte contre Sylvain Ekenge devant la cour pénale internationale
Selon Bernard Maingain, ces associations pointent une impunité durable, alimentée selon elles par des protections politiques de haut niveau, et appellent à une réponse judiciaire coordonnée à l’échelle régionale.
La plainte vise plusieurs personnes, dont Sylvain Ekenge et consorts, accusées d’avoir tenu ces derniers mois des propos qualifiés de haineux à l’encontre des Banyamulenge et des Tutsis. Ces discours, selon les plaignants, s’inscrivent dans une longue histoire de stigmatisation, marquée notamment par la dévalorisation racialisée des femmes tutsies, un phénomène présenté comme ancien et toujours à l’œuvre.
Les associations rappellent que depuis 2020, plusieurs plaintes similaires ont déjà été déposées sans qu’aucune n’aboutisse. Elles estiment que cette absence de suites judiciaires ne relève pas d’un simple dysfonctionnement administratif, mais d’un contexte politique défavorable aux poursuites. Certains auteurs présumés de ces discours bénéficieraient, selon le document, de soutiens au plus haut niveau de l’État congolais, dont la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner, Ou encore le porte-parole Patrick Muyaya.
Un cadre juridique fragilisé par les réalités politiques
Sur le plan légal, Bernard Maingain rappelle que les discours de haine sont pourtant réprimés par le droit congolais. Mais dans les faits, l’application de ces dispositions se heurte à de fortes résistances. La protection politique dont jouiraient certains protagonistes rendrait extrêmement difficile toute action judiciaire effective, mettant en lumière ce que le collectif qualifie de problème structurel dans la lutte contre la haine et l’incitation à la violence en République démocratique du Congo.
Face à cette situation, les associations dénoncent un climat d’impunité qui, selon elles, favorise la répétition et la banalisation de propos discriminatoires, au détriment de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
Vers une réponse régionale coordonnée
Pour sortir de cette impasse, le collectif plaide pour une approche concertée à l’échelle régionale. Il propose notamment d’inscrire cette lutte dans le cadre des accords de Doha et de Washington, en organisant des réunions entre procureurs généraux des pays concernés. L’objectif serait d’identifier les discours de haine les plus significatifs et de définir des réponses judiciaires coordonnées.
Les associations suggèrent également la création d’un organe de contrôle indépendant, chargé de suivre l’évolution de la criminalité liée aux discours de haine. Cet organe aurait pour mission d’accompagner un processus plus large de transformation sociale, visant à éradiquer ces pratiques et à promouvoir une société fondée sur le respect mutuel.
Des documents rendus publics pour établir les faits
Dans un souci de transparence, le collectif met à disposition des autorités, du corps diplomatique, des participants à des panels de discussion ainsi que des journalistes l’ensemble des plaintes déposées, anciennes et récentes. Cette démarche vise à établir une base factuelle solide, à prévenir toute contestation des faits et à favoriser, selon les auteurs du document, une approche constructive d’un problème jugé à la fois sensible et complexe.